L'arrivée des nanomédicaments
Date: 1 juillet 2007 à 23:30:48
Sujet: Sante


L'arrivée des nanomédicaments


MEDECINE. La molécule thérapeutique atteint plus précisément sa cible.



Pierre Le Hir, Le Monde
Mardi 13 février 2007



Le nanomonde n'est plus une utopie: ses promesses commencent à se concrétiser, particulièrement dans le domaine de la santé. Ainsi en va-t-il des médicaments du futur - les nanomédicaments - que permettent d'ores est déjà d'élaborer les nanotechnologies, en usinant la matière à l'échelle du milliardième de mètre, soit la taille d'une molécule.

Avec les chimiothérapies actuelles, il est souvent difficile d'«adresser» une molécule thérapeutique vers l'organe, le tissu ou la cellule malades. Les principes actifs du médicament peuvent être libérés loin du site d'action visé, perdant ainsi de leur efficacité et risquant, de surcroît, d'entraîner des effets secondaires toxiques pour des zones saines de l'organisme.

Essais cliniques sur l'homme

La mise au point de vecteurs de médicaments de taille nanométrique est en passe de contourner cet obstacle, explique Patrick Couvreur, directeur de l'unité physico-chimie, pharmacotechnie et bio-pharmacie (Université de ParisXI-CNRS). Le principe consiste à insérer la molécule active dans de minuscules capsules ou vésicules creuses, ou encore à l'introduire dans des nanotubes de carbone, qui la protègent et permettent, une fois cette nanosonde introduite dans l'organisme par voie intraveineuse ou orale, de contrôler sa libération dans le temps et dans l'espace. La nature a cependant, elle aussi, plus d'un tour dans son sac: les nanovecteurs de première génération sont reconnus comme des corps étrangers et captés par des cellules - les macrophages - du foie, où ils se concentrent donc. Ce processus peut certes être mis à profit pour optimiser le traitement des métastases et des cancers hépatiques, comme l'hépatocarcinome. Un des médicaments anticancéreux les plus utilisés, la doxorubicine, a en effet l'inconvénient de provoquer des troubles cardiaques sévères. Des tests sur des souris ont montré que le même médicament, administré sous forme de nanoparticules, s'avère non seulement actif à dose beaucoup plus faible, mais, en outre n'entraîne pas d'insuffisance cardiaque, sa diffusion restant cantonnée à la zone hépatique. Des essais cliniques sur l'homme sont en cours et une start-up, Bioalliance, employant 70 personnes et cotée en Bourse, a été créée pour exploiter ce procédé.

Echapper aux macrophages

Que faire toutefois quand la tumeur ou la pathologie n'est pas localisée dans le foie? Les chercheurs développent aujourd'hui des nanovecteurs de deuxième génération, dits «furtifs» parce qu'ils sont recouverts d'une sorte de leurre: des polymères qui leur permettent d'échapper à la traque des macrophages du foie. Ces clandestins parviennent ainsi à franchir la barrière hématoencéphalique, ce qui ouvre des espoirs nouveaux pour le traitement des tumeurs ou des maladies dégénératives cérébrales.

Missiles intelligents

Déjà, annonce Patrick Couvreur, des nanovecteurs de troisième génération sont à l'étude. Dotés d'une «tête chercheuse» - des ligands (anticorps, peptides, sucres, acides) reconnaissent les antigènes ou les récepteurs spécifiques des cellules cancéreuses ou infectées -, ils seront capables d'atteindre précisément leur cible. Autre avantage de ces missiles intelligents miniaturisés: il est possible d'y intégrer des nanoparticules métalliques qui, excitées par un laser ou des ultrasons, s'échauffent et détruisent, sélectivement, les cellules tumorales.

Les nanotechnologies ouvrent encore d'autres voies à la médecine de demain. Ainsi, les chercheurs évoquent des laboratoires sur puces, ou biopuces, pour les diagnostics et les tests génétiques précoces, ou bien des prothèses et implants rendus, grâce aux nanomatériaux, plus résistants et davantage biocompatibles.

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